J’ai lu… Patricia Highsmith

Carol 1952                                                                      Patricia Highsmith

Présentation de l’éditeur :

Thérèse, vendeuse dans un grand magasin, rencontre Carol, qui est belle, fascinante, fortunée. Elle va découvrir auprès d’elle ce qu’aucun homme ne lui a jamais inspiré : l’amour. Une passion naît, contrariée par le mari de Carol, lequel n’hésite pas à utiliser leur petite fille comme un moyen de chantage.
Second roman de Patricia Highsmith, Carol fut refusé, en 1951, par son éditeur américain en raison de la hardiesse du sujet. Il parut sous un pseudonyme, Claire Morgan. Nous pouvons aujourd’hui lire ce roman pour ce qu’il est : la preuve que Patricia Highsmith n’est pas seulement un maître du genre policier, mais avant tout une romancière de premier ordre, qui, avec pudeur et sensibilité, nous parle ici d’un amour revendiquant sa liberté.


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Il y a quelques semaines, je suis allée voir le film Carol, porté à l’écran par Todd Haynes, dont j’avais déjà pu apprécier le très beau Loin du paradis. Ayant beaucoup aimé cette nouvelle adaptation, je me suis un peu renseignée sur les origines du film et c’est ainsi que j’ai découvert le roman de Patricia Highsmith, dont j’ai appris avec surprise qu’il avait été publié en 1952. Je me suis donc lancée dans cette nouvelle lecture, non sans attentes.

Si j’ai pu avoir une déception en lisant le livre, elle vient de l’écriture de l’autrice. Peut-être que le fait de ne pas le lire dans la langue originale a joué un rôle – je ne le saurai sans doute jamais – mais j’ai trouvé l’écriture de Patricia Highsmith particulièrement terne. Non qu’elle écrive mal, loin de là, mais il s’agit d’un style assez simple, sans pour autant qu’il soit classique. Une des raisons pour lesquelles j’ai tant aimé le film, c’est sa musique : dès le début, dès les premières notes, j’ai su que j’allais passer un beau moment de cinéma. Et si la musique est pour moi importante dans un film, il me semble qu’en terme d’écriture, elle peut correspondre au style de l’auteur. Cet air sophistiqué qui m’avait plu chez Haynes, je ne l’ai pas retrouvé chez Highsmith.

Cependant, ce côté un peu trop sommaire à mon goût, si j’ai pu le juger un peu sévèrement en comparaison à la virtuosité du film, n’est pas uniquement négatif. En effet, en avançant dans le livre, il m’a semblé que cette simplicité était au service de la narration, puisque Patricia Highsmith sait également adopter une écriture moins terne, lorsqu’un changement de point de vue l’exige. Or, dans la presque totalité du roman, c’est – malgré un narrateur à la troisième personne – du côté de la jeune protagoniste Thérèse que le jeu de la focalisation interne nous place : personnage sincère, innocent et brut, à l’image de l’écriture sans fioritures de l’autrice. En revanche, on découvre une écriture plus nuancée à travers les courriers rédigés par Carol, figure beaucoup plus ambiguë.

Ce qui m’amène à parler de ce qui fait à mon sens la richesse du roman : la justesse avec laquelle la psychologie des personnages est travaillée. J’ai rarement vu, dans un roman comme au cinéma, des silhouettes définies aussi honnêtement et de manière aussi réaliste que celle de Thérèse : ses atermoiements, tergiversations, tribulations et autres interrogations en font une figure profondément humaine, à laquelle le lecteur peut aisément s’identifier. Peut-être que ce manque de mystère dans la personnalité de Thérèse laisse peu de place à l’imagination et en fatiguera plus d’un. En ce qui me concerne, j’ai parfois hésité entre la fascination et la répulsion, n’étant pas habituée à rencontrer des personnages à ce point ancrés dans le réel, mais passée la surprise, je me suis durablement attachée à la jeune héroïne.

Enfin, comment ne pas être séduit par cette histoire ? Le film prend des libertés sur de nombreux détails qui cependant n’enlèvent rien au roman de Patricia Highsmith. C’était la première fois que je lisais un livre dont j’avais vu l’adaptation au cinéma : cela m’a paru être une expérience très intéressante, si bien que je suis retournée voir Carol une deuxième fois. Cela m’a d’ailleurs permis de remarquer certains détails, certaines attitudes qui étaient passés inaperçus sans la vision plus complète proposée par le livre. Pour en revenir à cette histoire que j’ai tellement aimée : vous m’objecterez – et vous aurez sans doute raison – que ce scénario est somme toute très banal et que s’il s’était agi d’un couple hétérosexuel, on n’en aurait pas fait un tel foin. Mais puisque le dernier mot me revient, je peux vous rétorquer que tel n’est pas le cas ; l’histoire d’amour de ces deux femmes, bien loin de notre société qui demeure encore bien trop homophobe, m’a profondément émue : l’opposition classique – que l’on retrouve dans Loin du paradis de Todd Haynes – entre la passion ressentie et les convenances imposée par la société, entre les élans du coeur et le conformisme y est traitée avec beaucoup de justesse et fait de ce roman une ode touchante à l’amour et la liberté.

Extrait :

Quelqu’un a avancé des considérations d’ « esthétique » ; contre moi, je veux dire. J’ai demandé si nous étions là pour discuter des beaux arts, ce qui a provoqué le seul rire de la séance. Mais l’essentiel, je ne l’ai pas dit et il n’est venu à l’esprit de personne : c’est que le rapport entre deux hommes ou deux femmes peut être absolu et parfait à un point qui ne peut exister entre un homme et une femme, et peut-être est-ce cela, simplement, que cherchent certaines personnes, comme d’autres désirent ces rapports plus mouvants et intertains qui ont lieu entre hommes et femmes. Il a été dit ou du moins suggéré hier que le cours actuel de ma vie allait m’entraîner dans les bas-fonds du vice et de la dégénérescence. Oui, j’ai déjà commencé à sombrer depuis qu’ils t’ont enlevée à moi. Et il est vrai que si je dois continuer à vivre de la sorte, espionnée, attaquée, s’il ne m’est pas permis de posséder une personne assez longtemps pour que ma connaissance d’elle soit autre que superficielle – c’est de la dégénérescence. Ou bien, aller à contresens de sa fibre, c’est la dégénérescence par définition.

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