J’ai lu… David Foenkinos

Le mystère Henry Pick 2016

David Foenkinos

Présentation de l’éditeur :

En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain et apprend qu’il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses… Aurait-il eu une vie secrète? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n’était qu’une machination? Récit d’une enquête littéraire pleine de suspense, cette comédie pétillante offre aussi la preuve qu’un roman peut bouleverser l’existence de ses lecteurs.


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Le dernier livre de David Foenkinos s’annonçait très prometteur : la quatrième de couverture est accrocheuse, et l’auteur commence par citer Brautigan et son idée géniale : la bibliothèque des livres refusés. Le ton est donné très vite, une fois l’intrigue entamée : il s’agit d’une sorte de roman hybride, à mi-chemin entre le polar littéraire et la comédie. Le personnage principal, la jeune éditrice Delphine (dont nous reparlerons) et le vieux journaliste passé de mode, Rouche, vont donc enquêter, chacun à leur manière, pour découvrir l’auteur de « La fin d’une histoire d’amour ».

Leurs recherches nous conduisent dans les méandres du monde de l’édition et l’on assiste à une mise en abyme de la scène littéraire. J’ai bien aimé cet aspect du livre, car il nous permet de nous interroger sur les raisons du succès d’un ouvrage – ce qui n’est pas sans nous rappelé D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan, d’ailleurs citée par Foenkinos. Dans Le mystère Henri Pick, c’est bien évidemment l’histoire du livre qui comptera davantage dans sa rencontre avec les lecteurs que la qualité de l’ouvrage en elle-même.

Malgré une première moitié assez prometteuse, j’ai vite eu l’impression de tourner en rond. Tout d’abord avec le style. Si dans un premier temps, j’ai trouvé que l’écriture, sans prétention, pouvait adopter de belles tournures et se lisait de manière très agréable, à la longue, les jeux de mots parfois douteux de Foenkinos et le côté un peu démagogue de Foenkinos m’ont agacée et révèle une écriture sans grande personnalité.

Les parcours croisés des différents personnages auraient pu être une véritable richesse, mais l’écriture de la brièveté (les chapitres ne font qu’une ou deux pages) ne permet pas de les fouiller et laisse place à une psychologie de comptoir, malgré des croquis hauts en couleurs et prometteurs.

Ce qui m’a par-dessus tout exaspérée, c’est la tournure gentillette que prend le roman. Le personnage principal (l’éditrice donc) est d’un ennui mortel et se jette à bras ouvert sur les poncifs les plus éculés. En deux mots : son histoire de coeur est chiante.

J’aurais peut-être eu un autre regard si j’avais lu ce livre au bord de la mer, durant les vacances, car sa lecture n’est pas désagréable et parfaite pour la détente, pas prise de tête pour un sou. Mais voilà, en ramenant Foenkinos de chez mon libraire préféré, je m’attendais à autre chose qu’à un roman de plage.

Extrait :

« En 1971, l’écrivain américain Richard Brautigan a publié L’Avortement. Il s’agit d’une intrigue amoureuse assez particulière entre un bibliothécaire et une jeune femme au corps spectaculaire. Un corps dont elle est victime en quelque sorte, comme s’il existait une malédiction de la beauté. Vida, tel est le prénom de l’héroïne, raconte qu’un homme s’est tué au volant à cause d’elle ; subjugué par cette passante inouïe, le conducteur a tout simplement oublié la route. Après le crash, la jeune femme s’est précipitée vers la voiture. Le conducteur en sang, agonisant, a juste eu le temps de lui dire avant de mourir : « Ce que vous êtes belle, mademoiselle. »

A vrai dire, l’histoire de Vida nous intéresse moins que celle du bibliothécaire. Car il s’agit là de la particularité de ce roman. Le héros est employé dans une bibliothèque qui accepte tous les livres refusés par les éditeurs. On y croise par exemple un homme venu déposer un manuscrit après avoir essuyé plus de quatre cents refus. Ainai, s’accumulent sous l’œil du narrateur des livres en tous genres. On peut aussi bien y dénicher un essai comme La Culture des fleurs à la lueur des bougies dans une chambre d’hôtel qu’un livre de cuisine évoquant toutes les recettes des plats recensés dans les romans de Dostoïevski. Un bel avantage de cette structure : c’est l’auteur qui choisit son emplacement sur les étagères. Il peut errer entre les pages de ses confrères maudits avant de trouver sa place dans cette forme d’anti-postérité. En revanche, aucun manuscrit envoyé par la poste n’est accepté. Il faut venir soi-même déposer l’œuvre que personne n’a voulue, comme si cet acte symbolisait l’ultime volonté d’un abandon définitif.

Quelques années plus tard, en 1984, l’auteur de L’Avortement a mis fin à ses jours à Bolinas, en Californie. Nous reparlerons de la vie de Brautigan, et des circonstances qui l’ont mené au suicide, mais pour l’instant restons sur cette bibliothèque née de son imaginaire. Au tout début des années 1990, son idée s’est concrétisée. En hommage, un lecteur passionné a créé la « bibliothèque des livres refusés ». C’est ainsi que la Brautigan Library, qui accueille les livres orphelins d’éditeur, a vu le jour aux Etats-Unis. La structure a aujourd’hui déménagé pour être hébergée à Vancouver, au Canada. L’initiative de son fan aurait sûrement ému Brautigan, mais connaît-on jamais vraiment les sentiments d’un mort ? Lors de la création de la bibliothèque, l’information fut relayée par de nombreux journaux, et on en parla aussi en France. Le bibliothécaire de Crozon, en Bretagne, eut envie de faire exactement la même chose. En octobre 1992 naquit la version française de la bibliothèque des refusés. »

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