J’ai lu… Delphine de Vigan

D’après une histoire vraie 2015                                                                           

Delphine de Vigan

Présentation de l’éditeur :

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain.Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.»

Présentation Wikipédia :

Après la parution de son dernier roman, la narratrice, qui s’exprime à la première personne, a cessé d’écrire. Ce mutisme vient d’une fragilité qui se trouve amplifiée par des lettres anonymes l’accusant d’avoir fait beaucoup de mal à sa famille dans son précédent roman.

Une femme qu’elle nomme L. surgit dans sa vie. Et bientôt, L. prend la main pour que la narratrice écrive le roman qu’elle veut lire, même si cela doit faire mal à certains. En définitive, elle bride la romancière qui se laisse faire. L. exploite la fragilité du personnage, la coupant de ses amis, de ses lecteurs, jusqu’à prendre sa place.

 


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D’après une histoire vraie est un roman. Un roman sur la perception, la vérité, la réalité, mais un roman. Sur la couverture, le terme figure en petit, juste en-dessous du titre rouge, en minuscules. Pourtant, le mot a son importance, en particulier dans l’intrigue du roman, dont la narratrice, Delphine de Vigan elle-même, s’exprime à la première personne. Et c’est là le tour de force de l’ouvrage : ce jeu entre l’autrice et le lecteur. 

On s’interroge sur l’importance de ce « d’après », premier mot du titre. On retourne le livre, histoire de vérifier qu’il s’agit bien d’un roman. On se retrouve dans une position de voyeur, qui cherche à s’immiscer dans la vie de cette narratrice, trop réelle pour être romanesque. On traque la faille, la preuve que tout ceci est bien une histoire vraie, et pas seulement un roman. Et puis on se sent coupable de vouloir du vrai, de ne pas être capable de se contenter de la littérature et indirectement, la narratrice nous le fait remarquer plusieurs fois, en tissant imperceptiblement des liens entre le phénomène de « peopolisation » et la littérature.

Mais nous, lecteurs, sommes exactement là où nous devons être et pensons exactement ce que nous devons penser : Delphine de Vigan nous mène par le bout du nez. 

Si au début, je me suis interrogée sur l’intention de l’ouvrage et j’ai pu trouver cette relation entre L. et la narratrice insuffisante pour justifier les 479 pages du bouquin, l’autrice n’en a que faire. Méticuleusement, elle a tissé sa toile, son piège, qui se referme sur le lecteur. Celui-ci, spectateur impuissant et haletant, ne remarque les mécanismes de la narration que très tardivement et ne peut qu’admirer le talent de Delphine de Vigan en découvrant et comprenant enfin les rouages vertigineux de cette horloge bien réglée.

Extrait :

« C’était ce que je pensais. Ou ce que je voulais croire. J’étais bien placée pour savoir à quel point les gens, ou tout au moins certains lecteurs, aimaient le Vrai, cherchaient à le démêler de la fable, le traquaient de livre en livre. Combien d’entre eux avaient voulu savoir, dans mes précédents romans, ce qui relevait de l’autobiographie ? La part du vécu. Combien d’entre eux m’avaient demandé si j’avais vraiment vécu dans la rue, si j’avais connu une passion fantasque pour un animateur de télévision égocentrique et affabulateur, si j’avais été victime de harcèlement moral ? Combien d’entre eux m’avaient demandé après la lecture de mon dernier roman : « Est-ce que tout est vrai ? »

Mais je voulais croire à autre chose : la rencontre avec un livre – la rencontre intime, viscérale, émotionnelle, esthétique avec un livre – se jouait ailleurs.

Je sentais que L. était gagnée par une colère sourde, brutale.

Et ton dernier roman, alors, c’est juste une histoire comme les autres ? Cela n’a pas d’importance ? Tu imagines que tu en as fait assez pour que la vérité soit dite ? Et maintenant que tu as fait un petit pas de côté et que tu as failli te fouler le pied, tu te sens autorisée à revenir dans ta zone de confort ?

Je sentais son regard indigné sur moi, braqué comme une arme. […]

Mais il n’y a pas de vérité. La vérité n’existe pas. Mon dernier roman n’était qu’une tentative maladroite et inaboutie de m’approcher de quelque chose d’insaisissable. Une façon de raconter l’histoire, à travers un prisme déformant, un prisme de douleur, de regrets, de déni. D’amour aussi. Tu sais très bien tout cela. Dès lors qu’on ellipse, qu’on étire, qu’on resserre, qu’on comble les trous, on est dans la fiction. Je cherchais la vérité, oui tu as raison. J’ai confronté les sources, les points de vue, les récits. Mais toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion. Il n’existe pas. Aucun livre ne devrait être autorisé à porter cette mention.« 

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