J’ai lu… Virginie Despentes

Mordre au travers 1999                                             Virginie Despentes

Présentation de l’éditeur :

Évocations tranchantes d’un quotidien noir, de drames intimes ou de rêves inquiétants… Ces nouvelles disent violemment la Femme dans son désir ou son refus du désir, dans ses colères, ses hontes inavouées, ses excès d’amour ou sa folie meurtrière… La Femme blessée, humiliée ou bien vengeresse et autodestructrice. La Femme humaine… Trop humaine ?


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Encore Virginie Depentes ? Eh bien oui, car j’ai reçu il y a quelques temps maintenant son livre dans une box, et j’en ai achevé la lecture hier. Mordre au travers est un recueil de nouvelles publiées entre 1994 et 1997. Le format de la nouvelle correspond exactement à ce qu’il me faut en ce moment, puisque je n’ai pas beaucoup de temps pour moi entre les soirées entre amis et les conseils de classe, chaque nouvelle me prenant entre 10 et 15 minutes de lecture.

Contrairement à King Kong Theorie, le recueil est une oeuvre de fiction. Cependant, les thématiques restent les mêmes, toujours liées à la notion de féminité. Comme d’habitude chez Despentes, on n’est pas là pour se taper une bonne barre : c’est glauque, violent et misérable. De quoi égayer les dimanches de novembre…

Despentes, c’est un autre monde, du moins un autre monde que le mien. Avec des putes, des cafards et des « même-pas-RMIstes ». Un monde auquel on évite souvent de penser, ou dont on se dit qu’il n’existe pas vraiment, ou du moins assez loin de chez nous pour qu’on n’ait pas à s’en soucier. On culpabilise, d’être là, pépouze dans son plumard, tandis qu’elle nous raconte l’histoire de cette nana qui doit aller faire le tapin parce qu’elle n’a pas les moyens de se payer un paquet de pâtes. 

Mais Despentes nous pousse encore une fois à réfléchir, à remettre nos certitudes en questions à travers son écriture réaliste, ses scènes de pauvreté et les événements extrêmes. Alors oui, parfois c’est un peu trash, comme l’histoire de cette nana qui accouche en solo et se met à fracasser le nourrisson sur le lavabo. Mais la violence n’est jamais gratuite et est toujours un moyen pour dénoncer autre chose – dans ce cas la maternité dans une société qui n’arrive pas à s’étonner qu’un homme refuse cet engagement, mais regarde avec aberration celles qui ne désirent pas être mères.

C’est donc le deuxième livre de Virginie Despentes que je lis, et je ne peux pas vraiment dire que j’aime son style, ni le contenu de ses bouquins. En revanche, j’aime la réflexion qu’ils occasionnent, et je pense que rien que pour cela, il faut en ouvrir au moins un.

Extrait :

« Elle aime son nouveau corps, et le poids de ses seins. Les aréoles immenses et son ventre est énorme. Quelque chose de vivant bouge au milieu d’elle.

Elle s’assoit en terrasse, allume une cigarette et commande un whisky.

Elle regarde passer les gens, ces gens-là vivre entre eux, comme ils savent si bien le faire.

Et pour la première fois depuis des mois, elle pense au père, ce garçon doux et triste. Elle ne lui a pas dit. Elle ne lui a rien dit, rien dit de ce que ça fait, même quand il est parti, gardé toute dignité.

Elle lui a fait un enfant avec son ventre.

Elle pense à la mère, la mère qui lui disait : « Tu es sortie d’un coup, comme un gros paquet, sans que je sente rien. »

Et d’autres fois, la mère criait : « Ça me dégoûtait juste après, tu étais tout le temps là, à crier, à vouloir manger. Je ne t’ai jamais nourrie au sein parce que tu me dégoûtais… Juste après, j’aurais voulu te casser contre un mur. »

Elle est bâtie pareil, elle est bâtie pour ça. »

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