J’ai lu… Christine Angot

Un amour impossible 2015                                              

Christine Angot

Présentation de l’éditeur :

« – Les gens veulent l’amour conjugal, Rachel, parce qu’il leur apporte un bien-être, une certaine paix. C’est un amour prévisible puisqu’ils l’attendent, qu’ils l’attendent pour des raisons précises. Un peu ennuyeux, comme tout ce qui est prévisible. La passion amoureuse, elle, est liée au surgissement. Elle brouille l’ordre, elle surprend. Il y a une troisième catégorie. Moins connue, que j’appellerai… la rencontre inévitable. – Pour toi, notre rencontre, elle appartient à quelle catégorie ? »

Pierre et Rachel vivent une liaison courte mais intense à Châteauroux à la fin des années 1950. Pierre, érudit, issu d’une famille bourgeoise, fascine Rachel, employée à la Sécurité sociale. Il refuse de l’épouser, mais ils font un enfant. L’amour maternel devient pour Rachel et Christine le socle d’une vie heureuse. Pierre voit sa fille épisodiquement. Des années plus tard, Rachel apprend qu’il la viole. Le choc est immense. Un sentiment de culpabilité s’immisce progressivement entre la mère et la fille.

Christine Angot entreprend ici de mettre à nu une relation des plus complexes, entre amour inconditionnel pour la mère et ressentiment, dépeignant sans concession une guerre sociale amoureuse et le parcours d’une femme, détruite par son péché originel : la passion vouée à l’homme qui aura finalement anéanti tous les repères qu’elle s’était construits.

 


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Encore un livre sur le lien qui unit les mères et les filles : le hasard a fait que j’en ai acheté ou reçu plusieurs en cadeau ces derniers temps. Voici donc le deuxième volet d’une série de trois ouvrages consacrés au rapport à la mère. 

Si j’ai acheté ce roman, c’est parce que j’avais beaucoup entendu parler de Christine Angot, et que je voulais me faire une idée. A vrai dire, si cela n’avait tenu qu’au titre, je pense qu’il serait resté dans la librairie. « Un amour impossible ». Et puis quoi encore ? On dirait un titre de roman de gare. Quand j’ai demandé à ma libraire de me trouver le dernier Angot, j’ai même d’abord cru qu’il y avait erreur sur le bouquin. Un peu dépitée, j’ai fini par le prendre, sans grande conviction. Quoi, c’est donc ça, la fameuse Christine Angot ?

J’ai donc débuté ma lecture, l’esprit un peu bougon. Mais pour qui elle se prend, celle-là, à ne pas avoir peur de prendre un titre pourri parce qu’elle pense pouvoir se le permettre ? Et puis, je dois bien admettre que c’est passé assez rapidement.

A travers cette écriture de l’intime, qui nous dévoile et nous décrit les sentiments avec tant de justesse, le lecteur découvre d’abord un passé heureux, peuplé de souvenirs d’enfance et d’anecdotes, dont on se demande parfois le but. Une sorte de course au bonheur, presque pornographique tant les personnages sont mis à nu dans l’amour qu’ils se portent, dans leurs joies, leurs déceptions et leurs douleurs. L’un après l’autre, les récits se succèdent, attendrissant, drôles, parfois sans lien apparent les uns avec les autres. Le fil rouge, c’est bien sûr l’amour démesuré que la petite Christine voue à sa mère, à l’image de ce dessin que le psychologue lui a demandé de faire : « Le père, tu l’as fait tout petit. C’est un tout petit bonhomme, mais il est là. […] Et tu as fait une mère. Mais une mère… mais une mère, mais tu as fait une mère alors là… Une mère… Enorme. Qui prend toute la page. »

Et puis, tout à coup, en l’espace d’un chapitre, tout se renverse. Alors oui, le lecteur s’y attend, car il connaît l’histoire de Christine Angot, il sait que le thème de l’inceste va tomber à un moment où à un autre. Mais il arrive presque par hasard, n’étant pas le sujet du livre. Le thème du viol intervient sobrement, pudiquement, davantage comme une explication, comme une justification que comme une fin en soi, dans ce chapitre qui montre les premier affrontements entre la fille et la mère – que cette dernière attribue à l’adolescence.

L’amour impossible, est-ce celui de la mère pour le père ? Est-ce celui de Christine pour ce père destructeur ? Ou est-ce celui de cette fille pour sa mère qui n’a pas vu, qui a été aveugle ? Car l’amour maternel n’est pas intouchable, comme nous le montre ce mot, « maman », qui sans qu’elle l’ait cherché, refuse peu à peu de sortir de la bouche de Christine Angot, abimé et meurtri par ce père qui s’est placé entre elles deux.

Si l’on voit facilement dans le roman de Christine Angot un discours social sur les classes et le pouvoir, ce n’est pas vraiment ce qui m’a le plus intéressée, ni à mon sens, la vocation de ce texte. Le style de l’autrice y est sans fioritures. Elle privilégie le contenu au style, ce qui permet également une réelle authenticité des émotions : les mots sont parfois cabossés, la grammaire approximative. Tout cela montre bien qu’il ne s’agit pas là d’un essai, mais bel et bien d’un magnifique portrait, très émouvant, voire d’une déclaration. Si l’amour est impossible, peut-être que celui-ci en réchappe…

Extrait :

« J’aurais bien voulu garder intact le souvenir des bons moments, que j’ai eus avec lui. On a eu de très bons moments. On a passé des bons moments, tu sais, tous les deux. On a eu des moments merveilleux. Vraiment. On a eu des moments… Vraiment des beaux moments. Un week-end dans la Creuse. Une merveilleuse semaine à Beaulieu-sur-Mer. Mais avec ce qui s’est passé après avec toi, ç’a pas été possible de les garder comme des souvenirs heureux. J’aurais voulu. Mais voilà. C’est comme ça. Et, à partir du moment où je pouvais plus garder le souvenir des très bons moments qu’on a eux, j’ai préféré ne plus penser du tout à lui, ni à ce qu’on avait vécu. On en a eu des belles choses. J’aurais bien voulu pouvoir en garder le souvenir. Mais c’est pas possible. J’aurais aimé pouvoir garder en moi quelques belles choses, dans ma mémoire.« 

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