J’ai lu… Markus Zusak

La voleuse de livres 2015                                                   Markus Zusak

Présentation de l’éditeur :

Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité.
Liesel Meminger y est parvenue.
Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s’est arrêtée.
Est-ce son destin d’orpheline dans l’Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt ? Ou sa force extraordinaire face aux événements ? À moins que ce ne soit son secret… Celui qui l’a aidée à survivre et a même inspiré à la Mort ce joli surnom : la Voleuse de livres…

 


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A Noël, ma super copine Lucille (qui a décidément bon goût), m’a offert ce très beau livre, dont je mourrais d’impatience de vous parler. Mais pour cela, il me fallait attendre la fin (avec patience : pas facile !). J’en avais déjà entendu parler, car il avait connu un grand succès en Allemagne, en particulier auprès du jeune public. Ceci étant, même si l’ouvrage reste très accessible, il me semble qu’il peut nous toucher quel que soit notre âge. 

La première chose qui m’a plu dans ce livre, c’est son originalité. Et ce, dès les premières pages : on y découvre que la narratrice n’est autre que la mort, comme vous pourrez le constater par vous-même dans l’extrait ci-dessous. Mais attention, pas une mort comme on a l’habitude de se la représenter, non. Le personnage nous est, bien au contraire, dès le début sympathique : plein d’humour – un peu noir, forcément – et très surtout très poétique. La deuxième chose qui m’a interpelée, c’est la répartition de l’écriture : on y trouve des parties, des chapitres, des sous-chapitres, des notes – sous forme de réflexion que la mort partage avec nous. Et enfin, troisième point qui d’emblée m’a séduite, c’est l’utilisation de différents régimes narratifs, avec parfois une mise en abyme du roman : le roman en lui-même, bien sûr, avec ses descriptions et ses dialogues, mais aussi des dessins et un conte, qui nous racontent une histoire, à l’intérieur de l’histoire.

Mais au-delà de ces premiers plaisirs, un peu immédiats, il faut bien l’avouer, il y a également mille détails qui font qu’on ne peut rester indifférent à l’histoire de Liesel. Je vais essayer de vous en présenter quelques uns :

Tout d’abord, les personnages, qui sont croqués avec beaucoup de tendresse et de précision. On s’attache rapidement aux figures paternelles et maternelles un peu bourrues qui parcourent le bouquin : ce sont certes des personnages très typés, dont les comportements sont parfois un peu convenus, mais cela cadre finalement assez bien avec leur extraction sociale. Les personnages les plus intéressants sont cependant à mon sens les personnages secondaires, qui sortent un peu de ce cadre, et que la narratrice n’oublie cependant pas de présenter à l’aide de ses charmantes notes, ou bien d’une anecdote réjouissante. Ces personnages sont souvent les voisins de la fillette, qui habite rue Himmel (rue du ciel), ou bien des personnages rencontrés au fil de ses aventures, souvent hauts en couleur. C’est, je pense, cet attachement aux personnages qui fait de ce livre un tourne-page, dont on n’arrive plus à sortir.

Mais il y a également des raisons plus profondes, comme cet affrontement perpétuel entre la tragédie et le suspense. Car oui, la voleuse de livre reste tout de même une tragédie, avec sa structure classique : on apprend rapidement quels sont les personnages qui vont mourir, et la narratrice étant la mort elle-même, nous savons bien que cette mort est inéluctable. En cela, elle nous surprend, en nous annonçant les choses au moment où l’on s’y attend le moins, nous donnant ainsi à la fois un sentiment de déception, mais également la joie de ne pas l’avoir vu venir. La réussite de la reprise de la structure tragique tient aussi au fait que l’auteur réussisse malgré tout à conserver beaucoup de suspense dans son récit : même en ayant la certitude de la mort de tel ou tel personnage, cette narratrice nous surprend tellement que l’on ne sait plus à quoi s’attendre et que l’on veut à tout prix connaître la suite.

Enfin, la dernière réussite de l’ouvrage, mais non la moindre : son sujet. Au-delà des aventures de la petite Liesel dans l’Allemagne nazie, qui sont somme toute assez « banales » pour une histoire de la seconde guerre mondiale, ce qui moi m’a particulièrement touchée, c’est que l’auteur raconte surtout l’histoire d’amour de la fillette et des mots. C’est le fil conducteur du livre : on le commence avec une enfant analphabète et on le termine avec une jeune fille qui a écrit son histoire, une histoire qui tourne autour des livres qu’elle a lus, des mots qu’elle a entendus, qu’elle a appris à écrire, de la violence, du pouvoir, de la liberté des mots. De toutes ses relations, qui sont nées autour des mots, et de leurs sens cachés. Des mots insultants qui peuvent être tendres, des mots qui détruisent et de ceux qu’on cultive. De la haine et de l’amour des mots.

Extrait :

MORT ET CHOCOLAT

D’abord les couleurs.
Ensuite les humains.
C’est comme ça que je vois les choses, d’habitude.
Ou que j’essaie, du moins.

~ UN DÉTAIL ~
Vous allez mourir.

En toute bonne foi, j’essaie d’aborder ce sujet avec entrain, même si la plupart des gens ont du mal à me croire, malgré mes protestations. Faites-moi confiance. Je peux vraiment être enjouée. Je peux être aimable. Affable. Agréable. Et nous n’en sommes qu’aux «A». Mais ne me demandez pas d’être gentille. La gentillesse n’a rien à voir avec moi.

~ RÉACTION AU DÉTAIL CI-DESSUS ~ 
Ça vous inquiète ?
Surtout, n’ayez pas peur.
Je suis quelqu’un de correct.

Une présentation s’impose.
Un début.
J’allais manquer à tous mes devoirs.
Je pourrais me présenter dans les règles, mais ce n’est pas vraiment nécessaire. Vous ferez bien assez tôt ma connaissance, en fonction d’un certain nombre de paramètres. Disons simplement qu’à un moment donné, je me pencherai sur vous, avec bienveillance. Votre âme reposera entre mes bras. Une couleur sera perchée sur mon épaule. Je vous emporterai avec douceur.
À cet instant, vous serez étendu (je trouve rarement les gens debout). Vous serez pris dans la masse de votre propre corps. Peut-être vous découvrira-t-on; un cri déchirera l’air. Ensuite, je n’entendrai plus que mon propre souffle et le bruit de l’odeur, celui de mes pas.
L’essentiel, c’est la couleur dont seront les choses lorsque je viendrai vous chercher. Que dira le ciel ?
Personnellement, j’aime quand le ciel est couleur chocolat. Chocolat noir, très noir. Il paraît que ça me va bien. J’essaie quand même d’apprécier chaque couleur que je vois – la totalité du spectre. Un milliard de saveurs, toutes différentes, et un ciel à déguster lente­ment. Ça atténue le stress. Ça m’aide à me détendre.

~ UNE PETITE THÉORIE ~ 
Les gens ne remarquent les couleurs du jour qu’à l’aube et au crépuscule, mais pour moi, une multitude de teintes et de nuances s’enchaînent au cours d’une journée. Rien que dans une heure, il peut exister des milliers de couleurs variées. Des jaunes cireux, des bleus recrachés par les nuages, des ténèbres épaisses. Dans mon travail, j’ai à coeur de les remarquer.

Comme je l’ai laissé entendre, j’ai besoin de me dis­traire. Cela me permet de conserver mon équilibre et de tenir le coup, étant donné que je fais ce métier depuis une éternité. Car qui pourrait me remplacer ? Qui prendrait le relais pendant que j’irais bronzer sur l’une de vos plages ou dévaler les pistes à ski ? Personne, évidemment. Aussi ai-je décidé, consciemment, délibérément, de remplacer les vacances par de la distraction. Inutile de préciser que je me repose au compte-gouttes. Avec les couleurs.

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