J’ai lu… Abnousse Shalmani

Khomeiny, Sade et moi                                               Abnousse Shalmani

Présentation de l’éditeur :

A Téhéran, dans les années 1980, une petite fille de six ans, contrainte de porter le voile, se révolte en se dénudant. Se soumettre aux exigences des « barbus » et autres « corbeaux » lui paraît absurde. Son père l’approuve et, afin de fuir brimades et contraintes, la famille va s’exiler à Paris. Abnousse Shalmani découvre alors que la liberté n’est pas celle qu’elle aurait souhaitée. Sa révolte n’est donc pas finie. Mais cette fois, c’est la littérature française qui va lui fournir des armes. La petite fille, devenue femme, va faire de Sade, de Victor Hugo et de Colette (entre autres) des appuis précieux dans son combat contre l’oppression en général et celle du corps féminin en particulier.

Joyeux pamphlet, ce récit alterne les anecdotes intimes et les événements socio-politiques avec humour et enthousiasme.



Il y a environ deux semaine, une de mes amies a eu la bonne, l’excellente idée de m’offrir ce merveilleux livre…  Ma première réaction, en le recevant, en lisant la biographie et la première page, a été de tordre le nez : encore une journaliste. Et puis merde, elle écrit comme une gosse en plus. Et puis pour couronner le tout, elle commence son bouquin avec une citation de ce tordu de Sade. Moi ??? Pleine de préjugés ??? Autant vous dire que ce n’était pas gagné. Et puis, quelques jours plus tard, je l’ai repris, et j’ai commencé ma lecture. Et là, le choc. Des chocs littéraires, j’en ai déjà eu quelques uns. Le dernier en date remonte à cet été : ma rencontre avec my dear, my sweet love, bref Virginia Woolf, dont je vous reparlerai certainement sous peu.

Ce récit, c’est celui de l’Homme. Abnousse Shalmani nous y parle des femmes : en France, en Iran, dans le Coran et dans la Bible. Des voilées et des putes. De sa grand-mère et des enfants. De celles qui sont enfermées chez elles et de celle que le pouvoir a corrompues. Et puis aussi des barbus et des corbeaux, ces hommes et ces femmes qui veulent lui faire croire que son corps devrait être caché, que son sexe définit ce qu’elle a le droit de faire ou non, qui trouvent qu’elle parle un peu trop fort et qu’elle a un peu trop d’opinions.

Mais Abnousse Shalmani, malgré tout ce qu’elle vit, n’a pas peur, ne renonce pas à être une femme et se bat, avec ses mots et parfois ses poings, pour être. Abnousse Shalmani n’a pas peur, car elle croit en l’Homme. Elle n’a pas peur, car elle sait que l’Histoire lui donnera raison. Qu’en face de Khomeiny, des barbus et des corbeaux, il y aura toujours des petites filles qui se baladeront cul nu. Que face à l’intolérance et à l’intolérable, Sade, Hugo et Elisabeth Badinter seront toujours les meilleures armes.

L’intelligence de ce livre réside pour moi également dans le fait qu’Abnousse Shalmani n’accuse personne, ne pointe personne du doigt, sinon Khomeiny. Le coupable, c’est lui. Mais Khomeiny, ce n’est pas l’homme : c’est l’absence d’éducation, c’est l’obscurantisme, c’est la religion qui fait de la politique.

Plus tard, l’autrice explique l’ultra-féminité qu’elle a développée, bras d’honneur bien tendu à Khomeiny. Et malgré son argumentation impeccable, je m’interroge encore : Cette féminité exacerbée ne participe-t-elle pas à perpétrer des traditions biens ancrées de la sexualisation des jeunes enfants, les assignant ainsi à des rôles bien définis ? Ne dit-elle pas ainsi à toutes les gosses un peu différentes qu’il n’y a qu’un modèle à suivre, si l’on veut être une femme ? Que les petits garçons ne devraient porter que des couleurs sombres et dures, pour montrer qu’ils ne pleureront jamais ?

Extrait :

« Des années plus tard, il y a eu, un matin, la photo d’Aliaa Elmahdy. La photo nue d’Aliaa Elmahdy, cette étudiante égyptienne qui voulait être libre […]. J’ai commencé depuis trois ou quatre mois l’écriture de « Khomeiny, Sade et moi ». Et la photo d’Aliaa Elmahdy est là, devant mes yeux, comme pour me tendre la main à travers le temps et l’espace. Entre la petite fille iranienne qui se mettait nue et l’étudiante égyptienne qui se met nue pour réclamer d’avoir un corps, il y a le corps des femmes. Un corps – (en)jeux. La perception du corps de la femme est représentatif de l’état des lois, de l’égalité, de l’éducation. Chaque corps de femme porte l’histoire de son pays. Et il me suffit de regarder la photo d’Aliaa Elmahdy nue pour espérer. Elle non plus, elle n’a pas trouvé, trente ans plus tard, de meilleure réponse à offrir à Khomeiny. »

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